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Les saules arctiques et alpins de Terre-Neuve et du Labrador
Maria Galletti

Dans la province de Terre-Neuve et au Labrador , 33 espèces de saules indigènes (Salix sp.) on été resencés ; trois ne poussent qu’au Labrador et 10 sont enregistrés comme étant uniques à Terre-Neuve. Ce que je trouve fascinant et ce qui m’attire jour après jour, c’est la grande diversité des saules arctiques et alpins de cette région. La situation géographique, le climat, la topographie variée et distincte de Terre-Neuve contribuent à rendre ce milieu idéal pour ces espèces ainsi que d’autres merveilleuses plantes alpines. Contrairement aux espèces de saules, arbres ou arbustes, qui préfèrent des conditions humides de bord de rivages ou de marais, ces saules nains préfèrent les sites asséchés et exposés. On les retrouve principalement sur la côte ouest et la Grande Péninsule du nord du terre-Neuve insulaire, là où il y a confluence de formations géologiques et de caractéristiques paysagères uniques. C’est la chaîne de montagne Long Range qui s’étire sur toute la péninsule et qui est l’extension la plus nordique des Appalaches ayant le mont Lewis Hills comme plus haut sommet et le mont Gros Morne au second rang. Le paysage se compose de côtes balayées par le vent, notamment la péninsule de Pointe Riche, de paysage lunaire tel la toundra calcaire du Cape Normann et de plusieurs aires serpentantes, la plus connue étant Tablelands dans le Parc national du Gros Morne. On peut très souvent découvrir plusieurs de ces saules poussant au bord des routes.

À l’intérieur même des espèces arctiques et alpines, il y a des variations considérables. Ils se croisent facilement , ce qui complique l’identification en tant qu’espèce ou hybride. Ces apparentes similarités, comme dans le cas de S. arctica, S. cordifolia, S. glauca, et S. arctophila créent de la confusion. Cependant, j’ai souvent observé au moins six espèces différentes poussant presque côte à côte dans un même site sans observer aucun indice de croisement.

Plusieurs de ces saules arctiques et alpins sont rares. Quelques uns sont endémiques et beaucoup d’espèces préfèrent croître sur les landes calcaires et arides où on les observe le plus souvent. D’autres, comme Salix reticulata, S. vestita, S. arctica, et S. uva-ursi, sont répandus et poussent dans des habitats divers. Même s’ils méritent tous d’être mentionnés pour leurs caractéristiques individuelles et leurs qualités uniques, je concentrerai les descriptions sur les espèces découvertes et observées personnellement lors de mes nombreux voyages à Terre-Neuve et au Labrador mais plus précisément ceux que j’ai multiplié et cultivé.

Le plus commun et mon favori est Salix vestita, aussi connu comme le saule des rochers ou le saule à feuilles rondes; un plant dressé miniature avec des branches et un tronc épais et noueux. Les feuilles sont très texturées, similaires au S. reticulata, mais le dessous est recouvert de duvet blanc, dense et soyeux. Son atout le plus remarquable est le teint distinct des boutons floraux, qui va du rouge vif à l’orange flamboyant ou au jaune pâle. On le trouve dans les landes calcaires et les sols pauvres et graveleux, souvent à proximité de Cypripedium pubescens f. planipetalum, ce sabot jaune et nain présent dans tout l’ouest de Terre-Neuve. Celui-ci se développe habituellement parmi les bosquets de conifères nains et de graminées. Habituellement 15 cm de haut, S. vestita peut atteindre 40 cm dans un site plus abrité et plus humide. Lors de mon dernier voyage, j’ai eu la chance d’observer un spécimen fastigié.

Salix reticulata, un des saules arctiques et alpins, le mieux connu , un proche parent de S. vestita, bien que très différent dans son port et que l’on retrouve dans un tout autre habitat. S. reticulata forme un coussin bas avec des tiges rampantes et des feuilles luisantes aux nervures très profondes. Très variable dans son port et la forme de ses feuilles, le saule réticulé, (Net-vein willow), est présent dans des sites exposés, humides mais calcaires, dans des sols particulièrement tourbeux. Il est souvent accompagné de Diapensia lapponica, Betula pumila, Saxifraga oppositifolia, la minuscule Primula laurentiana, ou P. egaliksensis.

Au Labrador, j’ai observé S. reticulata poussant dans des conditions boréales. Le port varie du plus petit coussin de feuilles rondes, pointues et révolutées* à un port plus robuste à feuilles larges ovales ou circulaires. Les minces chatons de couleur brun pourpré, se développant au dessus des pousses de l’année précédente. Dans mon jardin, je cultive différentes formes de terre-Neuve et un sujet d’Alaska et j’ai observé des différences notables entre les plants; le sujet d’Alaska étant plus vigoureux et plus robuste.

Alors que plusieurs saules arctiques et alpins sont très répandus sur l’île de Terre-Neuve et au Labrador, il y a quelques saules plus rares, tels que Salix jejuna, le saule des landes (Barrens Willow), Salix herbacea, le saule des neiges (Snowbed Willow), et Salix calcicola. Salix jejuna n’est pas seulement rare mais est aussi endémique dans l’ouest de Terre-Neuve, recensé dans à peine une poignée de sites, notamment à Cape Norman, dans les landes calcaires et au détroit de of Belle-Isle. J’ai réussi à le localiser seulement après plusieurs voyages, mais quelle trouvaille! Ce bijou d’arbuste forme un coussin bas où les tiges brun rouge s’enracinent au contact du sol et les tiges secondaires naissent souvent du sol. Il est caractérisé par de minuscules feuilles en forme de cuillères, luisantes avec des veines évidentes. Au cours de mon plus récent voyage en août 2004, j’ai pu observer non seulement des plants en fleurs mais aussi d’autres avec des feuilles recourbées qui paraissait presque panachées. En raison de sa rareté, ce saule est maintenant une espèce protégée.

Salix herbacea est rare en raison de son habitat particulier. On l’appelle en anglais ‘Snowbed Willow’ car il pousse au sommet des montagnes, là où la neige fond tardivement. Ce saule herbacé se reconnaît par ses feuilles rondes à marge crénelée* ou dentée. Stolonifère dans son port, les branches naissent du sol avec seulement l’extrémité des tiges au dessus du sol. Les chatons sont minuscules et colorés, naissant au bout des nouvelles pousses. Ce saule, je l’ai cherché sans succès, même si j’ai gravi toutes les hautes montagnes de la péninsule ouest. Je peux dire qu’ il était tellement bien camouflé, qu’il est resté invisible pour moi. Je dois encore explorer les Mealy Mountains et Brigg Island, près de Emily’s Harbour au Labrador. Toutefois, mon intuition me dit que j’ai beaucoup plus de chance de le trouver sur le Mt. Washington au New Hampshire.

Salix calcicola, le saule calcicole, est beaucoup plus accessible car il habite les landes calcaires et la côte comme la péninsule de Pointe Riche. C’est une sous-espèce de S. lanata, qui est très variable dans sa forme. Dans les emplacements détrempés et pierreux, c’est un arbuste dressé formant de petits bosquets mais dans des conditions difficiles, il est très tapissant. On le reconnaît par ses feuilles juvéniles laineuses et ses chatons larges et comme des chandelles. Comme S. jejuna, sa floraison est hâtive et à la fin du mois d’août ou du début septembre, presque toutes les semences se sont dispersées.

Salix arctica, très disponible, est un des rares saules arctiques et alpins trouvés dans les zones serpentines et au sommet des montagnes, un habitat aussi apprécié de S. arctophila. S. arctica est un arbuste prostré avec des branches ascendantes ou aériennes, des chatons robustes et des feuilles larges, variables, grisâtre et pubescentes lorsque jeunes, épaisses comme du cuir à maturité.

En contraste, le saule raisins-d’ours, Salix uva-ursi, forme principalement un tapis plat et compact avec des feuilles brillantes, petites, pointues aux allures d’oreilles de souris. Moins variable que S. arctica, on l’identifie facilement par ses feuilles minces et pointues et ses chatons minces de couleur rouge pourpre. Présent à travers le Labrador et Terre-Neuve, il est non discriminatoire dans son habitat, poussant sur les rochers exposés et humides ou les sites calcaires, sur les berges maritimes, le sommet des montagnes et même sur les bancs enneigés. C’est un de mes favoris de par sa stature miniature et sa silhouette égayante.

Salix candida, nommé saule à feuille de sauge, n’est pas un des saules arctiques et alpins le plus raffiné, mais son allure de d’arbuste miniature affamé est très attirante. Commun à travers la péninsule Great Western et le Labrador, sur les sites exposés secs ou humides ou sur les landes calcaires, on le voit souvent pousser le long des routes. Ce saule peut atteindre trois mètres de haut, quoi que j’ai rarement croisé d’aussi gros spécimens. On peut facilement repérer ce saule car la plante entière a une apparence blanche feutrée, causée par la présence d’un duvet blanchâtre qui recouvre les feuilles et par la teinte grise du tronc et des branches.

Je multiplie les saules arctiques et alpins principalement par boutures, la technique la plus facile donnant des résultats rapides et une bonne reproduction des espèces. La multiplication par semis est limitée car les semences doivent être fraîches et fertiles (voir plus bas). Je prélève habituellement mes boutures tôt ou tard en saison, avant la sortie des feuilles ou après la chute des feuilles. Des boutures semi-ligneuses réussissent mieux, mais de jeunes boutures de Salix vestita s’enracinent mieux. Comme substrat, j’utilise à parts égales, des écorces bien compostées et tamisées et de la perlite fine. Je procure humidité et chaleur.

J’aime aussi multiplier les saules par semis, où il est excitant de voir croître ces petits semis et d’observer le degré de variation parmi eux. Lorsque je récolte des semences et des boutures dans la nature, c’est habituellement tard en saison, ce qui veut dire que le temps est limité pour la croissance. Pour protéger ma collection je suis cette procédure : je plante dans le substrat d’enracinement la moitié de mes boutures pour un enracinement immédiat et je place l’autre moitié dans le réfrigérateur, enveloppé dans la mousse de sphaigne et placée dans un sac en plastique à fermeture. En janvier, après une période de dormance, je plante cette deuxième moitié. J’ai découvert que j’avais un meilleur taux de réussite en combinant les deux méthodes. Je fais de même avec les semences. Je sème la moitié des semences dès mon retour et par sécurité, je place l’autre moitié dans de la vermiculite légèrement humidifiée dans un sac de plastique à fermeture. En janvier ou février, je sème ces semences. La germination est habituellement bonne par les deux approches, mais il y a toujours une certaine perte par fonte des semis dans la première moitié.

Les saules arctiques et alpins sont parfaits pour les petits jardins de rocaille, les crevasses, les plates-bandes surélevées ou les auges. Pour le jardinier alpin, leur port tapissant, leur floraison et leurs fruits uniques et diversifiés, la forme de leurs feuilles et leur texture en font des ajouts essentiels au jardin. Ils préfèrent les aires ouvertes très aérées, ce à quoi ils sont habitués dans la nature. Le sol doit retenir l’eau, mais bien se drainer. Là où les étés sont très chauds, une exposition au nord ou recevant un peu d’ombre l’après midi est conseillé. Un apport de chaux dans le sol pour les amoureux de sols calcaires est souhaitable, même si selon mon expérience, ils tolèrent un peu d’acidité. Un apport occasionnel d’os moulu ou de tout autre fertilisant à dégagement lent est suffisant. 

 

Resources:

http://nfmuseum.com/flora.htm

http://www.nfalpines.homestead.com/index.html

http://www.mun.ca/biology/delta/arcticf/sal/index.htm

 



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