LA
FLORE DU MONT OLYMPE
Le cinquième anniversaire de la Société m'amène à me commémorer ce qui fût pour moi deux des évènements très importants de sa courte histoire.D'abord les longues discussions excitantes avec Michel André Otis qui résulta dans l'établissement de notre société bilingue de plantes alpines.Ensuite la construction d'un jardin de crevasses à l'entrée de l'Alpinum du Jardin Botanique de Montréal exécuté par le bien connu explorateur botanique contemporain et extraordinaire auteur;Josef Halda.
Cet article cependant se concentre principalement sur la grande amitié qui s'est développé entre Josef et moi et subséquemment le voyage botanique de ma vie, de loin, le sommet du Mont Olympe.
Le Mont Olympe ,sis dans le nord de la Grèce, est renommé mondialement pour deux raisons: c'est bien sûr la demeure légendaire des Dieux Grecs, et dans le monde végétal il se distingue par sa flore alpine unique.C'est sur lee tard dans son histoire que l'on réalisa son caractre végétal distinctif à cause de sa situation géographique isolé.Bien que faisant partie de la chaîne montagneuse des Pindus, le masif olympien est séparé à l'est par les plaines de Macédoine et à l'ouest il surgit abruptement de la mer Égée.Plusieurs plantes qui y ont évolué sont devenues des endémiques propre à cette montagne.
Mitikas, ''The Beak'' à 2917 m. est le sommet le plus élevé de Grèce et le second en importance dans la chaine des Pindus.Ce sommet majestueux est constitué d'une série d'entonnoirs crevassés et de bandes horizontales qui forment une série de terrasses abruptes.Dans les ravins profonds en haute altitude la neige s'attarde jusqu'à la mi-été et la flore alpine est observé idéalement à la mi-juin.
L'approche la plus populaire et facile pour atteindre le sommet passe par Prionia à 1100 m. pour ensuite se diriger vers Agapitos Spilios (Refuge A).Le Refuge A, à 2100 m. est perché majestueusement sur un affleurement rocheux ceinturé d'imposants pins des Balkans.Notre expédition débuta à ce refuge où mnous rencontrâmes Josef et sa femme Jarmilla Haldova après une randonnée épuisante de 5.5 heures.La montée nous permit d'observer plusieurs plantes superbes et les nombreuses plantes d'éboulis et d'alpines de haute altitude que je décrirai plus loin dans cet article furent observées à des altitudes variant entre 2300 et 2900 m; les endémiques les plus légendaires se retrouvant autour du refuge.
Nul doute que Jankaea heldreichii est l'endémique la plus reconnu et le plus précieux bijou de ces montagnes. Lorsque je disais que le Mont Olympe est reconnu pour sa flore distincte,j'aurais du dire qu'auprès des amateurs de plantes alpines c'est spécialement pour ce ''locataire'' que la montagne est fameuse.C'est une espèce protégée que Stavros le propriétaire du refuge défend ardemment. Le Jankaea est remarquable par ses rosettes texturées incroyablement soyeuses et ses grandes fleurs , comme celles des violettes, bleu lilas translucide.
Sur le sentier on est tombé par hasard sur Chamaecytisus hirsutus var. demissus. Ce cultivar botanique que l'on retrouve uniquement sur le mont Olympe, au port tapissant, a des feuilles grisâtres fortement laineuses et de grosses fleurs de ''pois'' jaune à la carène orange brûlée à maturité.Il rappelle de près un autre genêt miniature de choix, Chamaecytisus pygmaeus.
Bien que pas une endémique ,Viola delphinantha, se retrouve principalement sur le mont Olympe.Une de trois violettes subarbustives, cette habitante des crevasses en affleurements calcaires se ressème dans les moindres fissures rocheuses les plus profondes et étroites à proximité du refuge A.Les tiges grêles supportent des fleurs aux longs éperons lilas rosé.Son aire de répartition en altitude se situe entre 1500 et 2200 m.
Campanula oreadum est une autre de ces endémiques superbes. C'est une plante de crevasses aux rosettes hirsutes vert-bleuté et aux clochettes foncées bleu-pourprées de proportions démesurées.Elles étaient en pleine floraison autour du refuge A mais plus haut en altitude,au-dessus de la limite des arbres. la saison n'était pas assez avancé pour l'observer.Daphne oleoides était courant en habitats plus herbeux et dans les sous-bois clairsemés de notre randonnée.Ces buissons bas vert-grisâtre aux fleurs odorantes blanc crémeux et aux baies oranges se reconnaissent facilement. Lorsque les plantes se retrouvaient en situations très exposées celles-ci avaient l'air nanifiées avec leurs troncs épais et noueux.
Après une bonne nuit de sommeil (les lumières s'éteignent très tôt dans les dortoirs communautaires du refuge ) l'ascension vers le sommet s'entama très tôt le matin suivant.Le but fixé est d'atteindre Mitikas avant que les nuages et la brume l'enveloppe. Lorsque ceci survient, la température devient hasardeuse, occasionnant des orages violents et une visibilité réduite à nulle. Plusieurs alpinistes ont perdu la vie sur le mont Olympe.Nous étions à 40 m. du sommet lorsque les nuages firent leur apparition.La mission fût abandonnée et avec elle la possibilité de trouver Omphalodes luciliae et l'on opta plutot pour un goûter bien mérité préparé par les employés attentionnés du refuge.
Au cours de notre descente les éboulis non stabilisé et les moraines furent visité.C'est dans cet habitat typique que fleurit dès la fonte des neiges un impressionnant bouton d'or Ranunculus brevifolius qui n'est pas sans rappeler un Aconit d'hiver (Eranthis).
Quant à l'Ayssum handelii, ses tapis grisâtres et ses ombelles jaunes démesurées cherchaient refuge près des plus grosses pierres calcaires.La Viola striis-notata est une minuscule endémique très charmante aux grandes fleurs rose clair qui semblent pratiquement saupoudrées de sucre et légèrement marqué de jaune alors que ses pétales supérieurs sont retroussé vers l'arrière tel les oreilles d'un chat.Avec ses feuilles grises feutrées également ''enrobé de sucre'' cet habitante des éboulis instables que l'on retrouve au-dessus de 2400 m. a des tiges tel des ficelles qui émergent des rochers.Veronica thessalica est une des plantes d'éboulis les plus apparentes à cause de ses têtes florales d'un bleu électrique.Cet alpine des hauts sommets aux tapis denses vert foncé développe ses meilleures couleurs en altitude plus élevéeet se retrouvait là où le terrain d'éboulis était stabilisé.Le Saxifraga sempervivum, autre habitant endémique vivement coloré des éboulis, a des tiges florales particulières, velue et brillamment colorée de rouge violacé contrastant avec le coussin solide de rosettes serrées gris argenté.On le retrouvait principalement niché près de gros rochers ou sous des surplombs rocheux à l'abri du soleil et de la chaleur intense.On a trouvé aussi d'autres représentants plus habituels des éboulis, incluant le minuscule Aethionema saxatile, la Cardamine carnosa, un joli cresson comestible ainsi que Draba athoa et Arabis bryoides.
Nous traversâmes d'autres moraines alpines lors de la descente des zones d'éboulis, là où la neige s'attardait encore et où l'humidité disponible était bien évidente et où les carex prédominaient.C'est ici que l'on a pu apprécié une tapisserie colorée de Viola doerfleri; les blancs purs et les roses pastel de Saxifraga scardica et de Saxifraga spruneri var. deorum, les jaunes éclatants de différentes Ranunculus ssp. mais entre toutes les alpines de moraine la plus remarquable était Gentiana verna var. balcanica.Plus compacte et plus courte que ses proches de l'Europe de l'Ouest, elle a des fleurs du plus intense bleu foncé et des calices presques noirs.
Bien sûr notre aventure ne se termina pas avec le Mont Olympe; la finale fût une visite à la seconde montagne grecque la plus fameuse, le Mont Parnasse; mais ca c'est une autre histoire...